Ne restez pas prisonnier du charme de l’ancien : jouez les contrastes !

20 février 2017

Ne restez pas prisonnier du charme de l’ancien : jouez les contrastes !

Pour beaucoup, l’image du chic parisien reste le bel appartement hausmannien, avec cheminées et parquet grinçant. Mais avec la course à l’espace que vivent tous les habitants de la capitale, une tendance décomplexée est en train d’émerger, où le très contemporain côtoie les traces du passé. Entretien avec Rebecca Benichou, architecte.

Quelle est votre spécialité en tant qu’architecte d’intérieur ?

RB : À Paris, la demande de tous mes clients, c’est d’optimiser l’espace. J’ai surtout une clientèle de jeunes, entre 25 et 35 ans, qui achète des petits logements, et là le projet c’est logiquement de gagner de la place sur tout. Mais même mes clients qui ont les moyens d’avoir un appartement de 200 m2 sont dans cette logique de gain de place, car ils ont des enfants à loger, des bureaux à aménager…Pour moi, en tant qu’architecte, une petite surface comme 9 m2 c’est très drôle à travailler, on est obligé de se creuser la tête.

Dans quel type d’habitat êtes-vous amenée à travailler ?

RB : Dans Paris nos clients achètent soit dans de l’hausmannien, ou au contraire dans un immeuble des années 60 / 70. Il y a une autre tendance depuis déjà quelques années, ce sont les anciens ateliers ou garages, qu’on trouve surtout en banlieue ou à l’Est de Paris. Cela donne des lofts qui séduisent surtout les plus jeunes. Le patrimoine plus ancien comme les hôtels particuliers ou les vieux immeubles du Marais, est plus rare. Ce qui est sûr c’est que l’appartement typiquement parisien c’est un hausmannien avec joli parquet, cheminées et moulures.

Comment travaillez-vous dans un appartement ancien ?

RB : Mon travail c’est d’écouter mes clients pour comprendre leur quotidien et leurs besoins. Après j’adapte leur demande au lieu. Quand on a le charme de l’ancien, il ne faut pas non plus en être prisonnier. Par exemple, pour gagner de la place dans une chambre, on est parfois amené à enlever une cheminée. La difficulté c’est qu’on a des murs porteurs ou des surprises cachées comme une colonne d’eau ou du réseau de chauffage mal placés. A ce moment-là, on demande l’accord de la copropriété pour les déplacer, mais ce n’est pas toujours possible. Donc je suis souvent obligée de jouer avec ces contraintes. Par exemple, ne garder qu’une partie des moulures d’un plafond, pour créer un grand placard très moderne. L’avantage des appartements haussmanniens c’est qu’on trouve souvent moulures et parquets en bon état. Dans les années 80 c’était encore la mode de la moquette, il suffit de l’enlever et de poncer la colle pour retrouver le parquet de chêne d’origine. Dans les entrées et les cuisines, on trouve parfois un sol en marbre, inusable ! Pour les fenêtres, je conseille à mes clients de conserver leur forme d’origine, même avec du double vitrage. Pour l’aménagement intérieur, la mode est encore au style scandinave, très épuré. C’est très joli, mais ce que je préfère dans un environnement ancien c’est d’avoir une déco très moderne, avec du bois, du métal, du verre, pour jouer les contrastes

Quelles sont vos astuces pour gagner de l’espace ?

RB : Je peux vous en donner trois. Dans un petit espace, la première chose à faire est de définir les lieux de vie. Pour moi, le plus important c’est de créer une chambre, dès que c’est possible. Quand on a une belle hauteur sous plafond, de plus de 2m70, on peut imaginer créer une alcôve pour un lit en hauteur, par exemple. Ensuite, on peut aménager tous les interstices possibles en rangements, comme des étagères au-dessus d’une porte, ou des tiroirs sous un lit. Enfin, mon conseil, c’est d’oser jouer avec la couleur. Souvent les gens pensent à tord que plus c’est petit, plus on doit tout peindre en blanc. Au contraire, les ruptures de tons permettent de délimiter les espaces et ainsi à l’oeil la pièce parait plus grande. D’une manière générale, l’espace d’un lieu tient à la surface au sol, donc tout ce qui libère le sol permet de donner une sensation d’espace.

 Rebecca Benichou est architecte. Chef de projet au sein de l’agence Chartier-Dalix, pendant quatre ans, elle conduit des commandes publiques de différentes échelles. Elle a reçu son Habilitation à la maitrise d’œuvre en 2012 mais décide en 2014 de fonder sa propre structure, Baatik Studio, pour se spécialiser en architecture d’intérieur. Ce qui l’intéresse avant tout c’est la proximité avec ses clients, dans l’habitat privé, l’hôtellerie, la restauration ou le commerce

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